FETE DES PERES
Une personne père de famille qui se retrouve à vivre esseulé et malade et que j’ai rencontré au café du coin me raconte :
En juin 1957, La guerre d’Algérie était entrée dans sa phase la plus meurtrière !
Les deux antagonistes en place ne faisaient plus de quartier ! Il y a eu ce qu’il y a eu depuis trois années déjà et les rancoeurs se sont
exacerbées !
J’habitais un quartier populaire qui s’appelait « le quartier des cavaliers » dans une petite ville coloniale dont je tairais le nom et dont
j’occulterai de dire ici l’histoire douloureuse puisque tel n’est pas mon sujet actuel.
J’ai 73 ans et je vis encore actuellement dans cette même ville et dans ce même quartier ! La mort n’a pas voulu de moi et mes meilleurs amis n’ont,
eux, pas survécu aux hostilités ! J’ai compris que je ne mérite pas le sort digne qu’ils ont eu et la mort, pourtant, m’aurait bien
épargné toutes ces mauvaises et noires péripéties de ma vie d’après guerre !
Retour en arrière.
Une journée de juin 1957, une journée comme les autres avec son lot d’interrogations et de craintes, de prémonitions et d’inquiétude !
Au lever du jour, le soleil tapait déjà bien fort sur nos têtes lorsque nous fîmes la chaîne devant le poste militaire qui filtrait l’entrée au centre ville ! Nous étions
au bout de l’étranglement nous n’avions plus de vivres pour tenir et il nous fallait nous approvisionner avec les bons que nous avaient remises les autorités militaires. Les seuls magasins de la
ville se trouvent tous confinés au centre et pour se ravitailler il fallait montrer patte blanche aux militaires !
Ce jour-là, les éléments du poste militaire étaient visiblement en alerte maximum et montraient des signes d’énervement palpable !
Quelque chose ne tournait pas rond : les militaires avaient sûrement eu vent de quelque « terroriste » ou « fellaga » qui aurait pénétré dans notre cité pour y trouver
refuge avec la complicité de la population !
J’étais tout près de passer la barrière de contrôle lorsque tout à coup, là juste devant moi, un coup de feu brisa le silence matinal, je vis un des militaires (celui qui était au tout premières
loges et qui allait me faire passer la barrière après m’avoir contrôlé) s’affaisser : il a été touché par la balle meurtrière et c’est la fuite désordonnée dans tous les
sens ! S’ensuivirent des détonations à ne plus en finir, des rafales et des rafales partaient dans tous les sens, un cauchemar pour mes oreilles et je m’attendais au
pire ! La meilleure chose à faire dans ces cas –là c’est de se jeter à terre et d’espérer avoir la vie sauve !
Puis les armes se turent subitement !
Tous les militaires du poste sortirent de leur guérite et coururent vers la même direction, en groupe : j’ai compris qu’ils poursuivaient la personne qui a tiré à bout portant sur leur
collègue après l’avoir localisée!
La majorité des habitants du quartier qui comme moi devaient se rendre au centre ville a profité de la circonstance et s’est levée du sol pour courir et
s’engouffrer dans la barrière laissée ouverte par les militaires ! Les gens n’éprouvaient plus de peur et après le chaos qui aura duré une dizaine de minutes tous se ressaisirent et se
rappelèrent que le ventre vide n’autorisait pas les mondanités !
Des rafales reprirent ! Les militaires tiraient n’importe où et n’importe comment et nous étions déjà arrivés aux premiers magasins que les tirs se faisaient encore entendre !
Je savais que ce n’était plus que de l’excès de zèle de la part des tireurs mais je savais aussi que de cette manière, ils conjuraient leur peur, la peur de mourir !
Nous étions déjà loin de la guérite du poste de garde.
En revenant, tout à fait vers la fin de l’après midi avant l’horaire du couvre-feu, nous étions plusieurs à refaire la queue en sens inverse pour retrouver nos foyers. Quelques malins ont ramené
dans leurs grandes poches des bouteilles de bière pour amadouer les militaires et implorer leur esprit de tolérance afin de faire passer des vivres en quantité et moi je n’ai ramené pour tout
ravitaillement qu’une boite de lait Guigoz pour nourrissons ! J’ai été pris à partie et j’ai été proprement tabassé par trois énormes lascars qui m’ont
poussé pour ce faire à l’intérieur de la guérite ! Contusionné, je me suis battu avec les militaires qui m’ont roués de coups ! En fin de compte ils m’ont enlevé ma
boite de lait et l’ont jetée dehors ! La boite a roulé puis a glissé et a
rejoint les contrebas du ravin que surplombait la guérite ! Tout en sang et ayant pu me libérer de l’emprise des soldats, j’ai dévalé la pente comme un forcené, oubliant que j’aurai pu être
tiré comme un lapin ! J’ai récupéré la boite et je l’ai ramenée tout meurtri à mon fils chéri !
Maintenant mon fils a bien grandi, il s’est marié et a trois enfants, il n’habite plus dans le « quartier des cavaliers », le quartier des pauvres et des damnés mais dans une cité
flambant neuve avec toutes les commodités ! Il a un job bien rémunéré à l’hôpital de la ville et vit confortablement ! Il ne vient jamais chez moi, ne m’adresse
jamais la parole et m’a déclaré ouvertement la guerre ! Rencontré par hasard tout récemment dans la rue, il m’a insulté, offensé devant tout le monde et
m’a pris a partie méchamment ! Il a presque utilisé la même manière que les militaires pour son lait guigoz de 1957 ! J’ai échappé de justesse à une correction de sa part en
fuyant !
Motif : j’aurai parlé quelque part « méchamment » à sa femme !
Amnésie …….Ingratitude…..Fête des pères
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